Travailler dans le jeu vidéo : des formations pour tous les profils !

Professeur

Parce que le jeu vidéo est la deuxième industrie culturelle préférée des Français (derrière celle du livre), il représente l’un des secteurs professionnels les plus attractifs pour les jeunes. Selon l’étude Les Français et le Jeu Vidéo (SELL/GfK, octobre 2016), le jeu vidéo arrive en cinquième position des secteurs dans lesquels les jeunes souhaitent travailler. Un choix qui s’explique, notamment, par l’engouement pour ce loisir, mais aussi par la bonne santé du secteur. Alors que le chiffre d’affaires du jeu vidéo était de 2,87 milliards d’euros en 2015, il atteint 3,4 milliards d’euros en 2016 (estimation SELL à partir des données GfK 2016). Preuve de la vitalité du marché, pas moins de 758 studios de développement sont installés sur l’ensemble du territoire (source « Baromètre annuel du jeu vidéo en France, 2016, SNJV/IDATE Digiworld »). Une énergie entrepreneuriale qui s’explique, en partie, par les aides du Centre National du Cinéma et de l’image animée (CNC) ainsi que par le Crédit d’Impôt Jeu Vidéo (CIJV), porté par la secrétaire d’État chargée du numérique, Axelle Lemaire, qui encourage la préservation et la création d’emplois dans le secteur. En effet, grâce à ce dispositif fiscal, les entreprises françaises éligibles économisent jusqu’à 30 % des frais de production d’un jeu vidéo, facilitant ainsi le recrutement de collaborateurs. Un dispositif qui ne se limite pas à la seule création, mais qui englobe également les dépenses liées à l’édition, la distribution et le marketing.

L’éducation française : l’une des meilleures pour se former aux métiers du jeu vidéo

diplôme

Pour garder leur dynamisme et leur place à l’international, les sociétés françaises ont besoin de collaborateurs parfaitement préparés. Une mission remplie par les établissements formant aux métiers du jeu vidéo. Certaines écoles ont fait le choix de l’alternance, comme ISART Digital : « Dès notre création, en 2001, nous avons choisi l’alternance. S’ils veulent trouver du travail, les diplômés doivent être opérationnels et au courant des techniques de production professionnelles », explique son fondateur et directeur Xavier Rousselle.

Un point de vue que partage Mathieu Girard, cofondateur d’Amplitude Studios : « De nos jours, nos écoles forment des jeunes qui sont opérationnels dès leur arrivée dans l’entreprise. Ils ont la culture générale du jeu, ils connaissent les outils et les processus de développement, ils ont appris à travailler en équipe sur des projets étudiants ou des jam. C’est un apport énorme pour le développement de jeu, la créativité des studios et la capacité à innover. »

Ce type d’enseignements porte ses fruits, puisque les compétences des jeunes diplômés français sont largement reconnues à l’international, comme le confirme Amandine Dobrowolski, chargée de recrutement & relation avec les écoles chez Ubisoft : « La France bénéficie d’un réseau d’écoles très riche et réputé à l’international pour son savoir-faire à la française ! »

Hormis quelques formations qui nécessitent un bac +3 ou +5, avoir le baccalauréat suffit généralement pour intégrer l’une de ces écoles. D’après Frédérique Bardoulat, directrice pédagogique de CREAPOLE, « tous les profils peuvent trouver un métier qui leur convient. Il faut surtout être passionné, ouvert d’esprit et prêt à beaucoup travailler ».

« Nous entretenons un lien étroit avec les écoles. L’enjeu est double : identifier les profils qui seront nos futures recrues et partager l’évolution des métiers pour que les écoles puissent adapter le contenu des programmes et former des étudiants prêts à l’emploi pour les métiers de demain ! » Amandine Dobrowolski (Ubisoft)

Game design : au commencement était l’idée !

game design

La première étape de la création d’un jeu vidéo est le game design. Seul ou en équipe, le game designer va concevoir les principaux mécanismes (le gameplay), ainsi que les différents protagonistes et objectifs. Une tâche bien plus complexe qu’il n’y paraît, puisque le fruit de ses réflexions servira de cahier des charges pour les autres corps de métiers. « Le game designer se doit de proposer des idées fun, il faut donc qu’il soit capable de les prototyper. C’est pour cela que nous formons ensemble les game designers et les level designers », indique Xavier Rousselle. S’il est au cœur de la conception du jeu, le game designer partage certaines de ses responsabilités avec le level designer. Celui-ci met ainsi en œuvre les concepts imaginés par le game designer. Il met en valeur les mécanismes du jeu, mais aussi les graphismes et l’ambiance sonore. « Le game designer est au centre du projet, mais n’en détient pas l’exclusivité. Au contraire, il doit se nourrir de l’avis des autres professionnels. Par définition, le game designer ne travaille pas pour lui, mais pour un public donné », explique Arnaud de Pischof, directeur du département Jeu Vidéo d’ISART Digital. Mais concevoir le gameplay n’est pas le seul rôle du game designer. Dans les très petites structures, il n’est pas rare que celui-ci soit également chef de projet, voire graphiste ou programmeur. Dans tous les cas, il doit avoir une vue d’ensemble. « Il est indispensable qu’un game designer détermine la cible de son projet. Sans cela, difficile de décider du style graphique, de la complexité du jeu ou de sa communication future », précise Frédérique Bardoulat.

Graphisme : et la lumière fut…

Graphisme

Le meilleur concept au monde, en matière de jeu vidéo, restera à jamais une idée s’il n’est pas mis en images… Donner vie au jeu vidéo est le travail, souvent compliqué, de l’équipe graphique. Elle est dirigée par le directeur artistique, lequel définit l’identité graphique du jeu (en général en partenariat avec le game designer). Elle est constituée de modeleurs 3D, de graphistes 2D, d’animateurs 2D ou 3D et, parfois, de lighting specialists, de réalisateurs de cinématiques, de VFX specialists ou encore de motion capture specialists… Aujourd’hui, et particulièrement sur les projets les plus ambitieux, la chaîne de production graphique peut être assez complexe. Il est donc essentiel que chaque intervenant maîtrise parfaitement sa mission et possède une réelle connaissance des implications des autres acteurs. C’est ce que confirme Sylvie Robert, responsable du département Cinéma d’animation et jeu vidéo de CREAPOLE : « Nous initions d’abord nos étudiants à l’ensemble des métiers du graphisme. Et ensuite, ils décident vers quel domaine ils souhaitent se spécialiser. Certains deviendront modeleurs 3D, animateurs ou encore concept artists… » Ainsi, chacun peut trouver le poste qui lui convient le mieux et comprendre parfaitement les enjeux de la production d’un jeu vidéo.

Programmation : puis vint la pensée

Programmation

Sans programmeur, les jeux vidéo n’existeraient tout simplement pas ! C’est, en effet, à lui que l’on doit l’affichage des graphismes, le déclenchement des animations ou la gestion des différentes interactions... « Les programmeurs doivent être à l’aise avec les mathématiques et les algorithmiques afin de réaliser un moteur graphique, concevoir une intelligence artificielle ou gérer des interactions à distance », indique Arnaud de Pischof. Le programmeur écrit le « code » du jeu dans différents langages informatiques. « Afin de répondre aux exigences des studios, nos étudiants apprennent les principaux langages de programmation : C++, C#, JavaScript, Python, ou encore Unity 3D et Unreal Engine, qui sont les deux solutions middleware les plus utilisées par les studios », précise Sylvie Robert. Ces missions demandant les mêmes connaissances de base, il n’est pas rare que les programmeurs se spécialisent dans l’un ou plusieurs de ces langages. « Nous proposons différentes spécialisations, comme le Mastère Game Design & Programming. Ce cursus propose 75 % de programmation et 25 % de game design. Les étudiants se concentrent sur la programmation des interactions, qui est le cœur d’un jeu », ajoute Arnaud de Pischof, d’ISART Digital.

« La valeur ajoutée de l’alternance pour nous est forte dans la mesure où les jeunes diplômés, à la sortie de leurs études, ont une bonne expertise de leur métier pour des juniors et peuvent accéder à des postes avec des responsabilités. » Amandine Dobrowolski (Ubisoft)

Le son : pour insuffler de la vie

Son

Aussi bon soit-il, un jeu vidéo sans bande-son trouvera difficilement son public. C’est pourquoi les concepteurs de jeux font appel à des sound designers et des musiciens pour l’habillage sonore de leurs projets. Alors que le musicien compose les différentes musiques du jeu, le sound designer est, lui, chargé de concevoir les bruitages. Cela va des bruits de pas à celui des moteurs, en passant par les différentes interactions sonores possibles ou les voix des personnages. Pour y arriver, il utilise des banques de sons et en crée de toutes pièces grâce à diverses techniques de bruitage et des logiciels de traitement du son. Pas besoin néanmoins d’être musicien pour être sound designer, comme le précise Guillaume Pervieux, responsable pédagogique de la formation Music & Sound Design à ISART Digital : « Il faut une certaine sensibilité musicale, mais il n’est pas nécessaire de savoir composer. D’ailleurs, certaines annonces demandent spécifiquement des sound designers qui ne soient pas musiciens. »

L’édition : diffuser la bonne parole !

édition

Développer d’excellents jeux est indispensable pour rencontrer le succès, mais cela ne suffit pas. Il faut également animer les communautés de joueurs, faire connaître le titre, lui faire une place dans les linéaires, sans oublier de s’assurer de sa localisation ou de sa qualité générale. Comme c’est le cas pour les métiers de la création, ceux de l’édition conviennent à de nombreux profils différents : « Les métiers du marketing et du management sont très porteurs et accessibles aux personnes qui ne sont pas forcément intéressées par la technique. Ces formations peuvent être intégrées dès bac +1 et suivies par de nombreux profils », confirme Damien Jordan, responsable marketing d’HETIC.
Afin de permettre aux étudiants d’être réellement compétitifs dès leur sortie de l’école, les instituts de formation comme HETIC misent sur la pluralité des savoirs : « Les domaines étudiés sont le marketing, l’UX design et la communication. Nous veillons à ce que nos élèves aient une vue d’ensemble de ce qui s’est fait auparavant, de ce qui se fait aujourd’hui et des évolutions en matière de marketing, traditionnel et Web », ajoute Damien Jordan. En effet, le jeu vidéo étant un secteur innovant, la communication et les canaux de distribution se doivent de toucher les joueurs là où ils se trouvent. Cela nécessite donc de nombreuses compétences : « Nous formons nos étudiants aux outils analytiques, mais aussi à saisir et à exploiter le big data », indique Damien Jordan. Grâce à ces connaissances, les futurs professionnels du jeu vidéo pourront imaginer des stratégies de communication et de vente nouvelles, capables de séduire des joueurs de plus en plus sollicités. Malheureusement, les écoles qui incorporent le marketing à leur cursus sont encore trop rares. Une situation que regrette Mathieu Girard d’Amplitude : « Il faudrait que plus de formations intègrent une vraie compréhension du marché et du business. On pourrait même imaginer que ces écoles comportent une filière marketing en parallèle des autres métiers. » Fort heureusement, cette situation est en train d’évoluer avec la création de l’EMIC, la première école de marketing dédiée au marché du jeu vidéo et de la musique. Une initiative déjà couronnée de succès et qui devrait, rapidement, faire des émules.

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